mercredi 25 avril 2007

SA - Scènes XIX à XXIII


19. INTERIEUR – GRAND HOTEL PARISIEN – JOUR PLUVIEUX.

Le CONCIERGE DE L’HOTEL avance d’un pas pressé dans un couloir de l’hôtel. TROIS POLICIERS le suivent.
Le CONCIERGE DE L’HOTEL s’arrête devant une porte qu’il ouvre avec une carte.
A l’intérieur, BRIGIT est allongée sur le lit, nue, le regard figé, la tête formant un angle inhabituel avec le corps.

Un portable SONNE.


20. INTERIEUR – BUREAU DE SAM – JOUR PLUVIEUX.

SAM décroche.

SAM
Allo.


21. EXTERIEUR – RUES DE PARIS – JOUR PLUVIEUX.

SAM est dans son bugster. Nouvelle visite de Paris : Chatelet, île de la cité.
Off, nous entendons sa conversation de la scène précédente.

SAM sort de son parking dans un vrombissement et s’engage dans la rue Rambuteau

LUCIE (off - en larme et en colère)
Salaud ! c’est à cause de toi qu’elle est morte.

SAM (off)
De quoi tu parles ? Qui est mort ?

LUCIE (off)
BRIGIT. Tu me parles d’elle ce matin et on la retrouve deux heures après le cou brisé. C’est quoi, ton problème, SAM…

SAM (off)
Je t’avais dit qu’elle traînait avec un mec louche

Silence.

SAM (off)
LUCIE ?

LUCIE (off)
Qu’est-ce que tu lui voulais à BRIGIT ?

Feu orange mûr, SAM vire à gauche dans un crissement, rue Beaubourg.

SAM (off)
Je te l’ai dit : des infos sur un de ses michés du nom de GOMEZ.

LUCIE (off)
Essaye EDDIE BONHEUR.

Ile de la Cité, SAM longe la Seine

SAM (off)
Le Roi EDDIE ? Qu’est-ce qu’il vient foutre là-dedans ? C’est un indic de seconde zone.

LUCIE (off)
Je l’ai vu traîner plusieurs fois avec BRIGIT. Je lui avais dit de faire attention à ce merdeux.

SAM (off)
Tu sais où je peux le trouver, le père EDDY ?

SAM s’arrête en vrac à côté du marché aux fleurs.

LUCIE (off)
Il traîne dans le marché aux fleurs, à coté de Notre Dame. Il y est tous les après-midi…

SAM voit EDDIE en train de discuter avec un autre type à côté d’un étal rempli de magnifiques orchidées.

LUCIE (off)
(suite) BRIGIT lui a dit qu’elle adorait les orchidées. Depuis, il lui en rapporte une tous les jours.


22. EXTERIEUR – MARCHES AUX OISEAUX – JOUR PLUVIEUX.

SAM entre dans le marché aux fleurs. Il garde EDDIE en point de mire. Soudain, un CRI STRIDENT retentit à ses côtés. C’est un oiseau qui saute sur la grille de sa cage. SAM a un mouvement de recul. Il bouscule un HOMME qui renverse des cartons qu’il transportait. Mouvement de foule. EDDIE se retourne. Il croise le regard de SAM. Il prend la fuite.
SAM se relève et se lance à sa poursuite.
Poursuite dans les travées du marché. Alors que EDDIE se croit tiré d’affaire, SAM le plaque au sol contre une rangée de caisses remplies de roses qui volent en éclats.

EDDIE
Qu’est-ce que tu me veux, TALEB ? T’es plus flic. Je ne te dois plus rien.

SAM lui balance une baffe, violente, méprisante.

EDDIE
Tu fais chier, harkis de mes deux.

Aller-retour de SAM. EDDIE a les lèvres en sang.

SAM
BRIGIT. Tu l’as branchée avec un latino, GOMEZ. Je veux le retrouver.

EDDIE
BRIGIT, c’est ma copine. Je joue pas au mac avec elle.

SAM (relâchant un peu son étreinte)
Elle est morte, EDDIE… Et je serais pas étonné que ce GOMEZ y soit mêlé.

Le visage d’EDDIE se décompose. Il éclate dans des sanglots quasi-hystériques. Le mec n’est pas dans son état normal.

SAM (retournant EDDIE et fouillant ses poches)
Tu as replongé, EDDIE ? C’est quoi maintenant héro, coke ? Tu plaçais ta copine contre des doses ? C’était ça le deal ?

SAM met finalement la main sur des petits sachets en plastique contenant une poudre translucide.

SAM
C’est quoi, ça, EDDIE ? La dernière merde à la mode ?

EDDIE (qui essaye de récupérer le sachet, mais SAM est vigilant)
Donne-moi ça, SAM. J’en ai besoin.

SAM
Moi, j’ai besoin de GOMEZ. On fait comme avant : Tu te rencardes et tu m’appelles. T’as jusqu’à ce soir. Après, le petit sachet, il est sur le bureau des stups.


23. INTERIEUR – CHEZ RAOUL – SOIREE PLUVIEUSE.

SAM est au bar de RAOUL. Il relit ses notes en buvant une bière. A côté de lui, un MEC lit un journal. En titre « LUIS GOMEZ : Ennemi Public n°1 – Il serait lié aux attentats ».
A la télé, un match PSG / OM arrive à la mi-temps. Les SUPPORTERS présents y vont chacun de leurs petits commentaires.
SAM les ignore. Il est trop concentré à essayer de donner un sens aux quelques indices qu’il a rassemblés.
Soudain, une VOIX familière l’interpelle.

SAM (à la télé – interview du matin)
… Personnellement, je n’ai jamais mis les pieds dans une mosquée. Je ne parle pas arabe et les revendications des terroristes, j’y entrave que dalle mais ça me fait chier car maintenant, je me balade dans Paris la peur au ventre…

RAOUL
Putain, SAM, t’es une star…

SAM (à la télé)
Aujourd’hui, un homme que je connaissais vient de se faire égorger. Mon seul souci est de retrouver le mec qui l’a fait. Ce n’est pas un complot terroriste téléguidé par le Moyen Orient. C’est juste un type qui en a dessoudé un autre…

CUT à la PRESENTATRICE DU JOURNAL

PRESENTATRICE TV
Le Ministre de Intérieur s’est engagé à ce que toute la lumière soit faite sur ce meurtre. La Police ne néglige aucune piste, notamment une connexion entre les terroristes et des organisations liées au trafic de drogue. Le principal suspect est LUIS GOMEZ, trafiquant notoire, associé aux cartels colombiens dans les années quatre-vingt dix…

SAM (interloqué)
Qu’est-ce que c’est que cette histoire…

RAOUL s’empare de la télécommande et zappe à la recherche d’une rediffusion de l’interview. Les SUPPORTERS ne sont pas contents.

UN CLIENT
T’es chiant, RAOUL. Le match va recommencer dans une minute.

RAOUL
Je n’aime pas ce sport de débiles. Y a que le billard qui veuille dire quelque chose, où on voit le bois de l’homme.

RAOUL s’arrête sur une autre chaîne où nous revoyons la fin de l’interview.

SONNERIE du portable de SAM (la suite du speech est en fond sonore)

VOIX (off)
Bonjour SAM. Comment allez-vous ? Cela fait longtemps que je n’ai pas eu de vos nouvelles.

SAM
Qui êtes-vous ?

Split screen. CHRISTIAN HADRIEN se retourne, un portable à l’oreille. Il est en train de se faire relooker par ses conseillers (maquillage, on lui propose une cravate…)

CHRISTIAN HADRIEN
CHRISTIAN HADRIEN. Vous vous rappelez ? L’enquête sur la société EXCORD. ?

SAM (se tournant vers la télé, interloqué)
Ouais… Qu’est-ce que vous voulez ?

CHRISTIAN HADRIEN
J’ai trouvé votre interview très bien. Je crois que je pourrais encore avoir besoin de vos services.

SAM
Pourquoi faire ?

L’interview de SAM est terminée. Une présentatrice apparaît sur l’écran.

CHRISTIAN HADRIEN
Parlons-en en tête-à-tête. Venez me voir demain à ma permanence, à l’université Paris-Dauphine.

PRESENTATRICE TV 2
Nous retrouvons maintenant CHRISTIAN HADRIEN en direct du Palais des Congrès pour son premier discours de candidat à l’élection présidentielle.

L’image passe sur une scène où un pupitre attend son hôte.
Sur l’autre écran, CHRISTIAN HADRIEN est dans des coulisses. Il avance vers une scène

SAM
Vous vous foutez de ma gueule. CHRISTIAN HADRIEN est sur le point de faire un discours à la télé.

CHRISTIAN HADRIEN
Ce n’est pas une blague, SAM, et je vais vous le prouver.

Fin du split screen. Sur la scène du Palais des congrès, CHRISTIAN HADRIEN se dirige vers son pupitre. Nous le voyons raccrocher son portable.
OVATIONS de la foule.
CHRISTIAN HADRIEN savoure l’instant. Il demande le silence.

CHRISTIAN HADRIEN
Bonsoir Mesdames et Messieurs et merci pour votre accueil si chaleureux. Avant de commencer un discours qui marquera, je l’espère, le début d’une belle aventure, je voudrais rendre un rapide hommage.
J’ai vu ce matin un homme se dresser, seul face à l’injustice, prêt à faire éclater la vérité. C’est un homme tel que je les admire et je veux qu’il soit un exemple pour chacun de nos compatriotes. Cet homme est SAM TALEB. Il est enquêteur privé.

Nous « sortons » de l’écran de TV et nous retrouvons le bar de RAOUL.
SAM est sur le cul.

RAOUL (off)
T’es un héros, SAM…

lundi 23 avril 2007

SA - Scène XIV à XVIII


14. INTERIEUR – CAFE CHEZ RAOUL – JOUR PLUVIEUX.

La JOURNALISTE s’assoit à proximité de SAM. Le CAMERAMAN prend place à l’angle du comptoir. Il pose sa caméra devant lui, mais garde une main dessus.

La JOURNALISTE commande deux cafés.

JOURNALISTE (s’adressant à personne)
Marre ! Marre de ce temps, de ces attentats qui nous rendent parano et de ces rédac’chef qui croient que chaque délit est un complot arabe !

SAM a un vague rictus que la JOURNALISTE remarque

JOURNALISTE
Ca vous fait rire ?

SAM replonge les yeux dans son café.

JOURNALISTE
Eh ! Je vous ai vu avec les flics, tout à l’heure ! Vous en êtes un ?

Nouveau rictus de SAM. Amer, cette fois

JOURNALISTE
Décidément, je vous fais marrer. Je dois vous appeler Lieutenant ? Vous vous appelez comment ?

SAM
Je suis privé… Je m’appelle TALEB…

JOURNALISTE
Un privé arabe ?

SAM (qui se fige)
Un privé français, né à Montpellier.

JOURNALISTE (comme si elle ignorait la remarque)
Qu’est-ce que vous pensez des agissements de vos frères musulmans ? Est-ce que vous pensez que leurs revendications justifient de tels actes de barbarie ?

SAM (interloqué)
Qu’est-ce que… Mes frères mus… Mais qu’est-ce que vous me racontez ?

JOURNALISTE
N’avez-vous pas le sentiment que leurs actes jettent le discrédit et la suspicion sur votre communauté ?

SAM (furieux – sa voix est de glace)
Je ne sais pas. Vous en pensez quoi ?
Personnellement, je n’ai jamais mis les pieds dans une mosquée. Je ne parle pas arabe et les revendications des terroristes, j’y entrave que dalle mais ça me fait chier car maintenant, je me balade dans Paris la peur au ventre.
Aujourd’hui, un homme que je connaissais vient de se faire égorger. Mon seul souci est de retrouver le mec qui l’a fait. Ce n’est pas un complot terroriste téléguidé par le Moyen Orient. C’est juste un type qui en a dessoudé un autre…
(S’interrompant alors que le CAMERAMAN retire la main qui cachait la diode de marche de sa caméra)… Et c’est tout ce que j’ai à dire, tu le montreras à ton rédac’chef parano, p’tite conne sournoise. Casse-toi.

La JOURNALISTE et le CAMERAMAN partent sans demander leur reste. SAM finit son café et se lève. Il s’arrête devant la porte et voit les flics s’agiter.

RAOUL
Cela te rappelle le bon vieux temps, SAM ?

SAM
Il a jamais existé le bon vieux temps…


15. EXTERIEUR – DEVANT CHEZ RAOUL – JOUR PLUVIEUX.

SAM sort. Il passe juste à côté de l’HOMME AUX CHEVEUX GRIS. Il repère DAVE qui discute de manière véhémente avec MARIE qui tient une enveloppe kraft à la main. Alors qu’il s’approche, MARIE tourne la tête vers lui, le fixe un instant. Finalement, elle range l’enveloppe dans une poche de son imper et s’en va.


16. EXTERIEUR – UNE RUE DE PARIS (XVIème) – JOUR PLUVIEUX.

LUCIE, belle femme sophistiquée de trente-cinq ans, avance d’un pas décidé dans une rue huppée du XVIème. Elle s’arrête au niveau d’une porte cochère. Alors qu’elle tape le code pour entrer, on voit à son poignet un bracelet en or ressemblant à des corps entrelacés.
Elle entre…


17. INTERIEUR – PORTE COCHERE D’UN IMMEUBLE HUPPE – JOUR PLUVIEUX.

… et sursaute en voyant une masse sombre assise à côté des poubelles.

SAM
Salut LUCIE.

LUCIE
SAM ! T’es vraiment con. Tu m’as foutu la trouille !

SAM
Désolé… Je voulais pas… Je vois que tu as une clientèle fidèle. Je me souvenais que tu voyais ton Duc à cette heure-ci…

LUCIE
Ce n’est pas un Duc. C’est un Baron et je suis à la bourre. Qu’est-ce que tu veux, SAM ?

SAM
J’ai vu une copine à toi hier. (désignant le poignet de LUCIE), elle avait la même breloque que toi, mais à la cheville. Je dois la retrouver.

LUCIE
Non, mais tu te prends pour qui ? T’es plus flic, SAM. J’ai rien à dire à un privé de quartier. C’était quoi ta dernière enquête : retrouver le chien d’une grand-mère du XVIème ou filmer un mec en train de tromper sa femme ?

SAM (se levant)
GIPSY s’est fait descendre et le miché de ta copine est le suspect numéro un. Il s’appelle GOMEZ et je ne serai pas surpris qu’il donne dans la came. Pour le moment, il n’y a que moi qui ait fait le lien entre lui et les filles de RITA.

SAM marque un temps. LUCIE le fixe. On lit du dégoût dans son regard.

SAM
Soit tu me mets en relation avec elle, soit les flics débarquent chez ta patronne dans l’heure.

SAM se dirige vers la porte.

SAM
Je pense que t’as toujours mon numéro….

SAM disparaît dans la rue. La porte claque laissant LUCIE dans l’ombre.

LUCIE
Sors de ma vie…


18. INTERIEUR – BUREAU DE SAM – JOUR PLUVIEUX.

SAM est devant son ordinateur. Il fait des recherches sur le monde de la drogue. Deux termes reviennent souvent : « crystal », « Pays Bas : plaque tournante ? et « Tanger et Cap-vert ».
Une fenêtre ouverte sur l’écran égrène les infos en continu. « Meurtre à Paris : La Police soupçonne LUIS GOMEZ trafiquant de drogue notoire. La piste terroriste n’est toutefois pas écartée »
Il se retourne et sursaute en découvrant la silhouette de GITèS (la cinquantaine, carrure de lutteur, affable, mais menaçant)

GITES
Veuillez m’excuser pour cette intrusion, M. TALEB. J’ai sonné et frappé plusieurs fois, mais je n’ai pas eu de réponse…

SAM
Bizarre, la sonnerie marche très bien et j’ai l’ouïe très fine.

GITES (sourit mais ignore la remarque)
Je m’appelle JEAN-JACQUES GITES et je souhaiterais recourir à vos services. Puis-je m’asseoir ?

SAM
Je suis désolé mais je vais être très occupé dans les jours à venir.

GITES (s’asseyant malgré tout)
Par l’affaire GIPSY. Justement…

SAM ne dit rien. Il laisse venir.

GITES
… C’est pour cela que je vous contacte. Je suis avocat, quoique « conseiller légal » serait un terme plus adéquat. Je travaille pour un unique client et mon client souhaiterait que vous retrouveriez certains documents…

SAM
Quel rapport avec GIPSY ?

GITES
Allons, M. TALEB. Vous savez très bien comment votre ami gagnait sa vie. Si on peut appeler cela « gagner » et « vie ».

SAM (jauge le gars un instant)
Je sais exactement comment GIPSY récupérait son fric. Je sais aussi que les hommes sur qui il avait des dossiers étaient loin d’être blanc-bleu. C’est qui votre patron ou votre « client » comme vous dites ?

GITES (dont le ton devient beaucoup plus direct et moins policé)
GIPSY était une ordure et il faisait chanter mon client. Je veux que vous récupériez les documents qu’il détenait avant que la police ou pire tombe dessus. (Il jette à SAM une enveloppe épaisse). Voici une avance, vous aurez la même chose une fois que vous aurez mis la main sur les documents.

SAM (après avoir jeté un œil à l’enveloppe)
Je veux le double.

GITES lui lance une deuxième enveloppe

SAM (avec un sourire)
Et si je demande le triple ?

GITES (retrouvant son ton policé et menaçant)
Alors nous devrons trouver un autre moyen de solder nos comptes…

SAM
Il va falloir que vous me donniez quelques précisions : le nom de votre client, le type de documents que je dois retrouver…

GITES (coupant)
Plus tard. Enquêtez. Rassemblez un maximum d’éléments et contactez-moi (il lui tend une carte). Je ne vous cache pas l’urgence de la chose.

SAM jette un œil aux enveloppes et fixe GITES.

jeudi 19 avril 2007

SA - Scène VIII à XIII


8. INTERIEUR – CHEZ SAM – JOUR PLUVIEUX.

SAM se réveille brusquement. Il se redresse, s’assoit sur le rebord du lit et tente de chasser le sommeil. Un coup d’œil à sa montre. Onze heures. Il se frotte le visage et se lève. La lumière de son répondeur clignote. Il actionne le bouton et va se servir un café. Après le « VOUS AVEZ UN MESSAGE », nous entendons :

KAMEL
SAM, c’est KAMEL. Désolé frangin, mais je dois annuler notre virée de ce week-end. On est tous sous pression au journal. Les attentats font vendre. Le rédac’chef veut qu’on lui sorte des scoops tous les jours. On remet ça à la semaine prochaine. Maman ne nous en voudra pas. Je t’appelle. Tchao frangin…

Une pointe de tristesse se lit dans le regard de SAM qui s’arrête sur une photo de lui et son frangin : deux beaux gars qui se marrent. Cela semble tellement loin.

Il attrape une télécommande et allume un écran plat qui trône sur le mur en face de son lit – l’intérieur de l‘app ;artement de SAM est rempli d’objets coûteux (électronique, meubles de prix….), mais ils semblent très peu utilisés -. Il zappe un instant et s’arrête sur une chaîne d’info continue.

PRESENTATRICE
Nous nous rendons maintenant Place de la Bastille où se déroule actuellement une manifestation pour la paix en réaction aux attentats de la semaine dernière. CHRISTIAN HADRIEN, le candidat indépendant, est en train de faire une déclaration. Nous l’écoutons.

CHRISTIAN HADRIEN apparaît sur l’écran.

CHRISTIAN HADRIEN
… Ces attaques contre le peuple Français sont inadmissibles. Je demande que des mesures concrètes soient prises immédiatement : traque et capture des terroristes. Cela doit être notre priorité. La France doit lancer un message clair : toute attaque suscitera des représailles.

SAM met le son quasiment au maximum et va prendre une douche.
Le timbre volontaire et emphatique de HADRIEN suit SAM jusqu’à ce que le bruit de la douche ne se fasse trop fort.

CHRISTIAN HADRIEN
… Toutefois, cette attaque aussi inadmissible soit-elle est, elle aussi porteuse d’un message, un message que les quatre cinquièmes de la population mondiale nous hurlent depuis des décennies. Nous ne pouvons continuer à laisser des centaines de millions d’individus dans le dénuement le plus total en train de mourir de faim. Les moyens dont nous disposons aujourd’hui ne nous le permettent pas. La manière la plus efficace de stopper ces actes de terreur est de se comporter en être humain et de refuser l’idée même qu’un enfant ne puissent manger à sa faim. Prenons-nous en main et arrivons à vivre en harmonie sur ce caillou perdu au milieu de l’univers !

La DOUCHE coule à flots couvrant l’émission. La caméra s’arrête sur le reflet du visage de SAM en train de se raser. Ses yeux expriment lassitude, regrets, dégoût. Il a le regard d’un homme qui ne croit plus à rien et qui ne voit les choses que dans leur aspect le plus cynique. Le contraste entre ce regard et le discours humaniste de HADRIEN est saisissant.


9. INTERIEUR – CHEZ SAM – JOUR PLUVIEUX.

Quand SAM entre dans la chambre, il est habillé dans des couleurs sombres (le noir est la couleur dominante de ses habits).
Nous entendons la suite de l’intervention de CHRISTIAN HADRIEN, maintenant interviewé par la PRESENTATRICE.

PRESENTATRICE
… Bien sûr, mais trouvez-vous moral d’utiliser une manifestation comme celle d’aujourd’hui pour satisfaire votre ambition personnelle ?
De nombreuses personnes qui manifestaient avaient perdu un être cher dans ces attentats. Croyez-vous qu’elles apprécient votre tentative de « récupération politique » de l’événement ?

CHRISTIAN HADRIEN
Je ne récupère rien, mademoiselle. Je partage la peine de ces gens. Je sais ce que c’est que perdre un être cher. Je n’ai pas parlé pour me faire élire, mais pour qu’on agisse. Je suis un homme d’affaires et je raisonne comme tel : un très grave problème nous est posé aujourd’hui en France et je propose des solutions pour le régler, à court terme et à long terme.

PRESENTATRICE
Et vous pensez être entendu ?

CHRISTIAN HADRIEN
Je l’espère. Si mon message est compris par ceux qui nous gouvernent, alors j’aurai fait mon travail. Je n’aurai même plus besoin de me présenter. Je suis là pour faire bouger les choses. Je suis riche. J’ai dirigé de grandes sociétés, avec succès, je dois dire. Je n’ai plus rien à prouver…

Pendant ce temps, SAM finit de s’habiller, sobre, mais classe. Il se dégage de lui une impression de rudesse et de virilité. Il fixe son revolver à la sa ceinture dans un geste machinal. Ses années de flic sont toujours là.

CHRISTIAN HADRIEN (off)
… Je suis ici pour vous. CUT

SAM repose la télécommande et s’empare d’un trousseau de clés sur une commode


10. EXTERIEUR – LES RUE DES PARIS – JOUR PLUVIEUX.

Une note sur un pare-brise : « avec les compliments de votre garagiste ». La main de SAM enlève le papier.
SAM sort de son garage à toute vitesse. Il conduit un « bugster » (petite voiture ressemblant à un buggy plus proche du kart que de l’automobile). Une capote en plastique le protège de la pluie. SAM retourne à l’Académie. Il zigzague entre les voitures (SAM conduit vite – la position de conduite très basse renforce l’impression de vitesse… et de danger) et nous offre un nouveau panorama de Paris : L’île de la Cité, Notre Dame, Boulevard Saint Jacques, les petites rues de Saint-Germain des Prés puis le Boulevard Montparnasse. La police est omniprésente dans la ville. La paranoïa liée aux attentats est sensible.
Il s’arrête sur une place de livraison devant l’Académie. Il sort de son « bugster » et court jusqu’à la porte.
Il frappe violemment à la porte. Pas de réponse. Il insiste.

SAM
GIPSY !

Toujours rien. Il tente d’actionner la poignée de la porte…


11. INTERIEUR – L’ACADEMIE – JOUR PLUVIEUX.

… Qui s’ouvre…
L’intérieur est sombre. Un poste de radio GRESILLE. On reconnaît « Losing My Religion » de REM. Tout est rangé. Les tables de billard alignées sont vides, les queues rangées sur leurs râteliers. Au fond de la salle, une lumière filtre par le bas d’une porte. C’est de là que provient la musique. L’endroit sent la mort.
SAM se dirige vers la pièce. Il n’aime pas ça. Il sort son revolver Arrivé devant la porte, il hésite un instant sur la conduite à tenir. Finalement, il donne un grand coup de pied sur la porte qui s’ouvre avec fracas. Le regard de SAM se fige. Des flashes montrent GIPSY la tête projetée en arrière, la gorge ouverte et les lèvres tailladées jusqu’aux oreilles. Ce n’est pas de l’horreur que nous lisons dans le regard de SAM, mais une résignation et un dégoût envers l’espèce humaine. La MUSIQUE emplit la pièce.


12. EXTERIEUR – DEVANT L’ACADEMIE– JOUR PLUVIEUX.

Une batterie de flics encadre la porte de l’Académie. Le corps de GIPSY enveloppé dans une bâche de plastique sort sur une civière. Deux ambulanciers attendent le corps devant leur véhicule. Ils se marrent à l’abri du coffre ouvert.
Toute la rue est barrée. Bien qu’il s’agisse d’un meurtre, de telles mesures semblent disproportionnées. Les attentats ont créé une vraie paranoïa.
SAM regarde tout ça : les condés qui interrogent les témoins potentiels, la police scientifique qui ramassent les bouts de preuves, les préposés au cordons de sécurité et la foule qui vient prendre sa ration de sensations fortes. Sa mélancolie avoue qu’il a vécu tout ça et qu’il vendrait son âme pour en faire à nouveau partie.
Il y a LA FOULE également, avide de sang et de spectacle malsain.
On remarque un HOMME AUX CHEVEUX GRIS mais SAM n’y porte pas une attention particulière.

DAVE le tire de ses pensées

DAVE (lunettes de soleil sur le crâne)
SAM, REYNALD voudrait entendre ce que t’as à dire. Il a dû douiller le père GIPSY avant d’y passer…

SAM
Y a personne qui mérite de crever comme ça… Où est-ce qu’il est REYNALD ?

DAVE
Chez RAOUL. Il t’attend.

SAM
T’as parlé du latino, GOMEZ ?

DAVE
Ils ne savent même pas que j’étais là hier, et je préférerais que ça reste comme ça…

SAM tourne les talons et remonte la rue vers le bar de RAOUL. Nous le suivons au travers de la foule des POLICIERS et des INFIRMIERS. Il croise une JOURNALISTE et un CAMERAMAN qui passe de flic en flic à la recherche d’infos. En vain. Il est dans son élément mais cela reste un étranger. Il avance jusqu’au bar de RAOUL dont…


13. INTERIEUR – CAFE CHEZ RAOUL – JOUR PLUVIEUX.

… Il ouvre la porte.
CHEZ RAOUL est le café qui fait face à l’Académie. C’est un endroit que Audiard ou Renaud auraient apprécié. Dans le fond de la salle, derrière une porte basse, il y a un magnifique billard.
Au bar, un mec en costard fume une clope en l’attendant. REYNALD.
Juste devant lui, RAOUL, la soixantaine bien sonnée, borgne, mais portant beau, prépare des cafés.

SAM
Tu m’en sers un, s’il te plait, RAOUL.

RAOUL (lui tendant une des tasses qu’il vient de préparer)
Sale coup pour le gars GIPSY. Je l’aimais bien ce magouilleur, surtout depuis qu’il m’avait refilé le billard, mais te dire que je suis étonné…

SAM
Les allumettes…

RAOUL
Quoi les allumettes ?

REYNALD
A force de jouer avec, tu te brûles.

SAM boit son café. Il laisse venir REYNALD.

REYNALD
Sympa de nous avoir prévenu SAM. Ca doit te rappeler des souvenirs, Pas vrai ?

La main de SAM se crispe légèrement mais il continue à boire son café.

REYNALD
Qu’est-ce que tu sais, SAM ? Qu’est-ce que tu venais foutre chez GIPSY ?

SAM
Une petite visite…

REYNALD
Joue pas à ça. Avec les attentats, on a le droit d’arrêter toutes les sales gueules qu’on veut et la tienne, elle ne m’est jamais revenue. Qu’est-ce que tu lui voulais à GIPSY ?

SAM se retourne. Le regard est noir, mais il se contient.

SAM
On devait se parler…

REYNALD
De quoi ?

SAM
Il a pas été plus précis et maintenant, c’est un peu tard pour lui demander.

REYNALD
Tu trempes dans ses magouilles ?

SAM
M’emmerde pas BERNARD. J’ai retrouvé GIPSY mort ce matin. J’appelle les flics. Ensuite c’est à vous de jouer. Ca s’arrête là.

REYNALD
T’as pas l’air dévasté par l’émotion, toi. T’étais son pote, non ?.

SAM
Ouais... Son pote, pas sa nourrice.

Les deux mecs se fixent, histoire de savoir qui a la plus grosse. REYNALD est le premier à décrocher..

REYNALD
Il trempait dans la dope GIPSY, la colombienne ?

SAM
Pas que je sache. Qu’est ce qui te fait dire ça ?

REYNALD
Ce qu’on lui a fait, à GIPSY… C’est une cravate colombienne. C’est comme ça qu’ils s’occupent des balances, dans les cartels.

SAM
Je pensais qu’ils étaient à la rue, les cartels, depuis Escobar…

REYNALD (sortant un porte-monnaie miteux de sa poche)
C’est vrai… Mais il y a des traditions qui ont la vie dure… Et puis, le savoir-faire s’exporte…. Vue ta gueule, ça doit pas rapporter des masses le boulot de privé de nos jours… Je t’offre le café. Cela m’a fait plaisir de te revoir SAM. On se tient au jus (il mime un téléphone avec ses doigts).

REYNALD sort. La JOURNALISTE entre suivi de son CAMERAMAN.

mardi 17 avril 2007

SA - Scènes V à VII



5. INTERIEUR – PREMIERE CLASSE D’UN TGV– JOUR PLUVIEUX.

Un BUSINESSMAN parle fort dans un téléphone portable. A quelques mètres, CHRISTIAN HADRIEN - la quarantaine éclatante d’un homme qui a tout réussi -, regarde le paysage défiler par la fenêtre. Le comportement impoli du BUSINESSMAN le tire de sa rêverie. Passé l’instant d’agacement, il se concentre à nouveau sur ce que lui raconte PHILIPPE, son conseiller en communication – la trentaine, ultra dynamique – qui exprime sa vision de la politique.

PHILIPPE
…Beaucoup disent que la marche vers le pouvoir est solitaire. On parle du destin d’un homme face à son pays. Foutaise ! La vérité, c’est qu’on n’arrive à rien tout seul. C’est un travail d’équipe. Deux raisons à cela : physiquement, c’est impossible : il y a trop de choses à gérer. Ensuite, tu t’adresses à une telle variété d’individus, d’origine, de culture, tellement différentes. Sans parler de leurs intérêts, jamais convergents… Tu as besoin de relais. Pour les comprendre et pour que eux te comprennent…
Je ne dis pas que c’est indispensable pour te faire élire, mais ça l’est si tu veux tenir tes promesses…

HADRIEN est perdu dans ses pensées. Dans le lointain, des OUVRIERS construisent un ouvrage d’art. Il est admiratif.


6. INTERIEUR – UNE SALLE DE BILLARD – NUIT.

Sur une table de billard, des billes s’ENTRECHOQUENT. SAM, expédie les billes dans les poches avec maestria. C’est un jeu de neuf. La blanche doit frapper à chaque fois la boule la plus basse de la table.
SAM est complètement dans le jeu. Il se vide la tête. Il ne pense qu’au coup qu’il va jouer. Il est dans son élément.
Debout, à quelques pas, se trouve GIPSY, une belle gueule de voyou du même âge que SAM. Il reste stoïque devant la pilée que lui met SAM. Il a un même un sourire résigné. Visiblement, ce n’est pas la première fois.
SAM danse littéralement autour de la table.
A quelques pas, quatre personnes se tiennent autour d’un bar.
Derrière, MARIE, la trentaine, cheveux courts, look garçonne mais sexy, est en train d’annoter un journal. Devant, sur un tabouret, DAVE, rondouillard, mal rasé aux cheveux filasses, lui fait du gringue.
A l’extrémité du bar, GOMEZ, look latino, gueule de truand, est en train de siroter un whisky. A ses côtés, BRIGIT, une poule de luxe, dont le décolleté donnerait le vertige à Superman. L’homme lui chuchote à l’oreille des mots qu’on ne doit pas trouver dans les livres de poésie. Le sourire figé de la nana indique qu’elle fait tous les efforts possibles pour ne pas vomir.

SAM vient de rentrer la dernière boule. Il n’en tire aucune fierté. Il est bon à ce jeu-là, très bon même. Sa victoire n’est que très normale.
GIPSY s’approche et lui tend ce qu’il lui doit : une liasse de quelques billets de cinquante euros.

SAM
C’est du vol.

GIPSY. (en mettant les billets dans la poche de SAM)
Disons que c’est pour le spectacle.

SAM dévisse sa queue et la range dans son étui. GIPSY s’approche. Il prend bien soin de rester dos au bar.

GIPSY
J’ai besoin de tes services, SAM.

SAM
Ecoute, GIPSY. Piquer ton fric au billard ne me pose aucun problème. Par contre, je reste loin de ton bizness.

GIPSY
C’est différent. J’ai vraiment besoin de toi. Viens me voir demain.

SAM
Pourquoi pas maintenant ?

GIPSY
Je peux pas, maintenant…

Il fait léger mouvement de la tête vers le bar, vers l’endroit où se tient le latino. SAM suit le regard.

SAM
OK…

SAM prend son étui, décroche sa veste en cuir qu’il met sur son épaule. Il prend son verre qui traînait sur une table et le vide d’un trait. Il le garde un instant en main et fixe GOMEZ, mais son regard est attiré par la jambe dénudée de BRIGIT et notamment par un bracelet de cheville en or ressemblant à des corps entrelacés. GOMEZ suit le regard et fait un signe égrillard à SAM, qui se détourne.

SAM (à GIPSY)
A demain…

SAM ramasse ses affaires en ignorant consciencieusement GOMEZ et sort.
DAVE fait un clin d’œil à MARIE et le suit. MARIE les regarde partir, triste.


7. EXTERIEUR – RUE DE LA GAITE – NUIT.

SAM et DAVE sortent dans l’aube grise. Il commence à pleuvoir. Les éboueurs ramassent les poubelles un peu plus loin dans la rue. Malgré la grisaille, DAVE chausse des lunettes de soleil.

DAVE
Je te ramène ?

Une ombre passe dans le regard de SAM lorsqu’il voit la voiture de DAVE. C’est une bagnole de flics. Un de ses collègues l’attend de l’autre côté de la rue.

SAM
Non.

DAVE hausse les épaules et plante SAM. Il court vers la voiture aussi vite que lui permet sa forte corpulence. Dès qu’il y est rentré, elle démarre au quart de tour, déboîtant devant les éboueurs dans un vrombissement.

SAM remonte le col de sa veste en faisant une grimace à cause de l’odeur des poubelles. Il remonte la rue de la Gaîté. Il passe devant l’entrée du métro qui est grillagée. Dessus, un écriteau : « station fermée suite à attentat ».

SAM rentre donc chez lui à pieds. Alors que le générique continue de défiler, nous avons droit à une visite de Paris au petit matin sur FOND DE MUSIQUE JAZZY : Montparnasse, rue de Rennes, rue Bonaparte, les Quais, le pont des Arts, le Louvre, rue du Pont Neuf, le Forum des Halles, le centre Pompidou, la Rue Rambuteau.

SAM entre dans un vieil immeuble. Sur la porte cochère, on distingue une plaque : « S. Taleb – Enquêtes ». Il traverse la cour, ouvre la porte d’un local où on retrouve la même plaque. L’endroit est petit et apparemment peu visité. Il y a un bureau, un ordinateur portable. Sur le mur on aperçoit, une plaque de rue marquée « Quai des Orfèvres » remplie de signatures. En dessous, il y a la photo d’un groupe de mecs en train de trinquer. On reconnaît SAM, un peu plus jeune, et DAVE avec ses lunettes de soleil. Certains portent des holsters. Des flics, visiblement.

SAM balance sa veste sur une chaise et se dirige vers un escalier en colimaçon qui le mène à son appartement où trône un lit défait. Il balance ses chaussures et s’allonge. Il passe une main sur ses yeux. Il dort.

lundi 16 avril 2007

SA - Scène I à IV


INTERIEUR – UNE TELEVISION DANS UNE CHAMBRE D’HOTEL– JOUR PLUVIEUX.

Une femme parle dans un dialecte africain. Une voix traduit ses paroles. Le ton monocorde accentue l’horreur de ses propos.

FEMME AFRICAINE (dialecte traduit)
… Ils ont violé et tué toutes les femmes du village. J’ai vu des soldats mettre le feu au sexe des femmes et les regarder brûler. J’étais la dernière. J’étais seule. Ils avaient tué mon mari et mes fils. J’avais peur pour moi et le bébé dans mon ventre. Ils m’ont violé. Tous. Un par un. Après, ils ont donné des coups de couteaux dans mon ventre. Ils on tué mon bébé dans mon ventre. Ils l’ont sorti et ils l’ont jeté…

L’image disparaît. SAM TALEB - type algérien, la quarantaine, un dur – vient d’éteindre la télévision avec une télécommande. Il fixe l’écran noir. Il est dans l’horreur de ce qu’il vient d’entendre.


2. EXTERIEUR – SOFITEL Porte de Versailles – JOUR PLUVIEUX.

Un groupe d’individus traverse sur un passage piéton. Ils se dépêchent car le feu vient juste passer au vert. La voiture de devant met un peu de temps à démarrer. Coups de klaxon.
Parmi les gens qui viennent de traverser, une FEMME fait tomber son sac dont les affaires d’éparpillent par terre. Un HOMME (la quarantaine – cadre sup) passe à côté d’elle. Il ne s’arrête même pas. Il entre dans l’hôtel et se dirige vers les ascenseurs.


3. INTERIEUR – SOFITEL (couloir) – JOUR PLUVIEUX.

L’HOMME avance dans le corridor et s’arrête devant une porte. Il frappe. Une JEUNE FEMME ouvre.
Une série de photos en rafale sont prises à cet instant.
L’HOMME et la JEUNE FEMME s’embrassent
Nouvelle série de photos.
La porte se ferme.

Un peu plus loin, dans l’embrasure d’une porte, SAM abaisse son appareil.


4. EXTERIEUR – UNE BRASSERIE – JOUR PLUVIEUX.

Derrière la vitre d’une brasserie, SAM tend les photos à une FEMME. Elle les regarde. Des larmes de rage et de tristesse coulent sur son visage.
Elle tend une enveloppe pleine de billets à SAM qui en examine l’intérieur avant de l’empocher

Où en étions-nous ?


Il est peut-être enfin temps de revenir au propos originel de ce blog :à savoir la mise en ligne de SEINE AMERE.
Je vais essayer de mettre en ligne quelques pages tous les jours que j'émaillerai de temps en temps de commentaires.

Si vous souhaitez disposer du script entier, je le tiens à votre disposition par retour de mail (surtout si vous êtes producteur en recherche d'histoire).

Showtime !

mercredi 11 avril 2007

Rythme


Le sujet est approprié car il faudrait que je le garde (le rythme).
Parce que côté, publication, c'est un peu en pointillé...

C'est à mon sens l'un des deux éléments les plus importants de toute histoire (l'autre étant les personnages).
On peut avoir une intrigue moyenne, un style moyen, mais si vous avez les personnages et le rythme alors, vous arrivez à vous sauver.
C'est un peu comme les chansons : des paroles et une musique moyenne peuvent être sauvés par un bon rythme (il n'y a qu'à voir ce sur quoi j'ai pu danser en boite).
Bref, je m'égare.

Certains réalisateurs ont su le comprendre (le passé est volontaire)et su en jouer. Voyez Sergio Leone et le duel final du BON, LA BRUTE ET LE TRUAND. Cette façon dont le rythme s'accélère pour finir en apothéose finale.
Leone a su utiliser le rythme pour renforcer la puissance de certaines scène (cf. Le Massacre de la Famille dans IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST).
L'autre réalisateur qui me vient immédiatement à l'esprit en ce domaine est PECKINPAH (Les ralentis de LA HORDE SAUVAGE...).
Je fais une véritable distinction entre rythme et montage. Le rythme est inhérent à l'histoire, le montage n'est à mon sens qu'un artifice de réalisation). Attention je ne suis pas en train de défendre le cinéma à plans fixes de Angelopoulos, mais je veux parler de ceux qui sous prétexte de rendre des films "haletants" misent avant tout sur leurs paires de ciseaux plutôt que sur leurs talents de conteur.
Voyez ROCK, probablement le meilleur film de Michael Bay (notion toute relative s'il en est, mais bon, cela reste un film avec SEAN). Les plans de plus de 5 secondes se comptent sur les doigts d'une main, mais cette frénésie est avant tout un style plutôt qu'une façon de raconter l'histoire.
Aujourd'hui, le réalisateur qui maîtrise le mieux (là encore, ce n'est que mon avis)cete notion de rythme est DAVID FINCHER (dont j'attends avec impatience ZODIAC). revoyez FIGHT CLUB etregardez comme FINCHER utlise le rythme pour raconter la personnalité de EDWARD NORTON.
Je suis persuadé que vous ne pouvez trouver un film bon que lorsque son rythme est bon.
En maitrisant le rythme, le réalisateur danse avec vous : il vous guide, vous attire, vous repousse, vous fait perdre l'équilibre pour mieux vous rattraper et vous fait tourner le tête jusqu'aux dernières notes.

lundi 2 avril 2007

Ambiance... (Musique) 2


Certains commentaires m'incitent à mettre de la musique, voire des vidéos. J'adorerais.
Mais j'ai deux soucis. Le premier : comment on fait ? Le deuxième : une vague conscience moralisatrice : il faudrait que je télécharge... Et ça pour quelqu'un qui bosse dans le ciné ou qui a la prétention d'avoir une activité artistique.... (cela dit, je pourrait acheter les airs où les vidéos...)
Je me contenterais donc de photos (et je suis peut-être déjà hors-la-loi)

Bref, je voulais parler musique. Enfin, j'aurais voulu... Car je n'y connais pas grand chose. Pourtant, Dieu sait son importance dans un film.
Que serait TITANIC sans Céline Dion ?(je plaisante)
Par contre, Sergio sans Ennio, Bond sans Barry, Rocky sans Conti, Coppola sans Air...
La musique est déterminante.
Je voudrais que mon ami Michel nous dise un mot là-dessus.
Un polar comme SEINE AMERE appelle du Jazz et je n'y connais rien et Michel adore ça, donc je suis preneur de tout conseil.
Cela dit, j'ai mes petites idée : La musique de Miles Davis sur L'Ascenseur pour L'échafaud est magnifique, mais je voudrais voir quelque chose d'un peu plus original, un peu plus dans l'air du temps, mais avec une vraie mélancolie et un air entêtant qu'on ne peut pas s'empêcher de siffler. Quelque chose qui vous entredans le crâne qui vous fait voir SAM arpenter le bitûme, qui vous fait sentir le froid de ce Paris en sursis...

Si vous avez des idées, je suis preneur...